Empêcher et Expulser : voilà le sinistre résumé de la politique migratoire européenne et française.
Empêcher les arrivées d’étrangers, quelles soient régulières (ralentissement des procédures, augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers, …) ou irrégulières : ignorons l’hécatombe méditerranéenne, fermons les yeux sur les violations des droits humains dans les pays auxquels nous confions l’externalisation du contrôle (Lybie, Tunisie, Egypte, Turquie,…), militarisons nos frontières sans nous soucier des morts que cela provoque …
Expulser : délivrons toujours plus d’OQTF pour des broutilles ou même sans autre raison qu’administrative aveugle, enfermons dans les CRA (Centres de Rétention Administrative), augmentons la durée de rétention (sans efficacité aucune), détériorons les conditions de vie dans ces centres ….
Morts en Méditerranée : le silence et l’oubli devant l’hécatombe
L’indifférence, le silence, l’oubli … Deux articles du Monde et de Mediapart alertent : les exilés continuent de mourir en Méditerranée.
Les chiffres d’abord
Les quatre premiers mois de 2026 ont été parmi les plus meurtriers depuis 2014. Une augmentation des décès recensés de 21 % par rapport aux quatre mêmes mois de 2025. 996 morts recensés en 2026, 821 en 2025, selon L’Observatoire International pour les Migrations. Morts recensés. Mais combien qui ne l’ont pas été ? Depuis 2014, l’OIM a compté 26 734 morts sur ces routes de Méditerranée. « Sachant que l’agence onusienne insiste sur le caractère très restrictif de cette estimation. Le véritable nombre de vies effacées ne sera jamais connu. »
Des vies humaines effacées
Il faut lire les témoignages des sauveteurs dont ces articles se font l’écho
« (…) samedi 4 avril, au moins 70 exilé·es ont aussi péri (…) après le naufrage de leur bateau, parti des côtes libyennes.
L’embarcation en bois, surchargée (comme souvent lors de ces traversées, car les passeurs installent un maximum de monde à bord pour rentabiliser les « trajets »), s’est retournée en mer à cause des mauvaises conditions météo. L’ONG Sea Watch International, dont l’avion de reconnaissance Seabird 2 patrouillait la zone pour repérer d’éventuelles embarcations en détresse et contribuer à des sauvetages , a dit être « horrifiée ». « Environ 71 personnes se sont probablement noyées en Méditerranée. Hier, notre avion a repéré une embarcation : une quinzaine de personnes s’accrochaient désespérément à la coque, d’autres étaient à l’eau », (…) Les images sont terrifiantes. On y voit plusieurs personnes recroquevillées sur la coque du bateau retourné, à moitié enseveli par les eaux, tandis que des « corps sans vie » – tels que les a identifiés l’ONG – semblent flotter à la surface. »
L’indifférence des politiques
La clôture de « Mare nostrum » en 2014 a marqué l’abandon de la logique du « plus jamais ça » qui avait brièvement prévalu. Les missions ultérieures et le dispositif européen en Méditerranée centrale auraient désormais pour but non de sauver des personnes, mais de contenir leur déplacement. (…)
Malgré la persistance des morts en mer, la question n’est plus perçue comme une crise, mais comme un phénomène ordinaire qui n’appellerait aucune réaction ni mission de secours (…) Interrogée sur la question, une source diplomatique européenne a répondu qu’elle n’avait « aucune réponse à donner » au sujet des « migrants ».
Sources
Des CRA de plus en plus inhumains pour une politique inefficace et coûteuse

Il est possible en France d’être privé de liberté pendant plusieurs semaines sans avoir commis aucun délit, ni crime, sans décision d’un juge, sans procès, sur une simple décision administrative. Ce système qui viole les droits humains fondamentaux est celui des CRA : les Centres de rétention administrative.


Le rapport annuel des cinq grands associations (dont La Cimade) présentes en CRA pour porter assistance juridique aux retenus est paru le 19 mai dernier, il concerne l’année 2025. Les 5 vignettes ci-jointes présentent les chiffres clés de ce rapport.


Ces enfermements résultent d’OQTF dans les trois-quarts des cas.
La députée écologiste de Paris Léa Balage El Mariky observe que
« Plus de 90% des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont délivrées à des personnes qui n’ont jamais rien fait de mal dans leur vie » La parlementaire estime que ces mesures visent souvent des personnes « qui se sont simplement rendues à l’administration pour demander une régularisation » ou qui « n’ont pas obtenu un rendez-vous pour renouveler leur titre de séjour et se voient délivrer automatiquement une OQTF ».
Nous sommes devant une politique inefficace « qui coûte un pognon de dingue » : selon la Cour des comptes, le coût moyen d’une journée de rétention s’élève à 602 euros. Avec 44 035 retenus pendant 33 jours de rétention en moyenne, on aboutit au chiffre de … 875 millions d’euros. Pas loin d’un milliard.
Le gouvernement veut construire 3 000 places de plus, … et des parlementaires de la majorité veulent allonger la durée de rétention (ce qui est inefficace comme le montrent tous les rapports). Politique de Gribouille !
Mais le pire est sans doute que les mineurs continuent d’être enfermés en CRA, alors que la Loi l’interdit …. Sauf à Mayotte ! Ce qui démontre que Mayotte subit de plus en plus un traitement néo-colonial.
Le pire est aussi dans les conditions concrètes de la vie dans les CRA :
Au CRA de Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai, en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, « de plus en plus de problèmes psy », tandis qu’un infirmier du service médical aborde des transferts vers les urgences psychiatriques « plusieurs fois par mois » de retenus « qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont schizophrènes ». Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également de ce contexte lourd.
Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui, des « jeunes de 20 ans » qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un coretenu, survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures, au nez et à l’orbite.
« Les centres n’ont pas été conçus pour des rétentions longues, dénonce à son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. Ils s’usent vite, subissent des dégradations. » En avril, l’élue a visité le centre de rétention administrative de Coquelles (Pas-de-Calais), et dans un courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment l’« indignité totale » des douches et l’« infestation » de chambres par des punaises de lit.
Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite, une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes. Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale.
(…)« La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. « En prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule », ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. « Les gens s’ennuient, et, surtout, l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse », prolonge Elodie Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement. Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA de Lyon.
