Frais d’inscription différenciés à l’UPPA : « À compétence égale, à ambition égale, l’accès au savoir ne peut pas dépendre du lieu où l’on est né. »

Dans le cadre de l’appel à mobilisation de l’intersyndicale nationale de l’ESR (CGT, CFDT, FSU, FO, UNSA, SUD, Solidaires…) une quarantaine de personnes se sont rassemblées à l’appel des syndicats de l’UPPA devant la présidence de l’université ce mardi 26 mai à 12h30 pour s’opposer à l’application des frais différenciés pour les étudiant dits « extra-communautaires », « une mesure discriminatoire aux forts relents xénophobes, contraire aux valeurs humanistes et émancipatrices du service public de l’enseignement supérieur ».

Rappel des enjeux

Un décret publié le 19 mai dernier par le ministre de l’enseignement supérieur vient augmenter considérablement le nombre d’étudiants dits « extra-communautaires » (comprendre « ressortissants de pays hors UE ») soumis aux frais d’inscription différenciés. Ceux-ci doivent aujourd’hui payer 2 895 € en licence et de 3 941 € en master, soit environ 16 fois plus que les étudiants européens, sans compter les frais du voyage et de la vie courante.

Immédiatement, l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche a appelé à des mobilisations dans toutes les universités les 21 et 26 mai. Par ailleurs, les syndicats d’étudiants et personnels de l’UPPA invitent tout le monde à signer sur le site de l’Assemblée nationale la pétition « Pour la suppression du programme Bienvenue en France mettant en place des frais différenciés pour les étudiant·es extra-européen·nes » : 

https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5865

Consultez un historique plus complet du plan « Bienvenue en France » et de l’augmentation des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers sur notre page dédiée :

Rassemblement du 26 mai 2026

Présent afin d’échanger avec les personnes mobilisées, le président de l’UPPA Laurent Bordes a été interpellé d’abord par des représentants syndicaux, suite à quoi il a répondu considérer lui-aussi la mesure néfaste, mais a toutefois réitéré son intention de l’appliquer telle quelle, invoquant le devoir pour un dirigeant d’établissement de se soumettre à la loi.

Sollicité sur la défense du caractère constitutionnel du principe de gratuité de l’enseignement en France, du respect des principes républicains d’égalité et de fraternité, face à une série de mesures qui y sont totalement contradictoires et viennent ébranler les valeurs qui sont celles de nos universités au profit d’un agenda discriminatoire et xénophobe, Laurent Bordes a rétorqué qu’il n’est « ni constitutionnaliste, ni juriste ». Réponse surprenante, compte tenu de ses fonctions.

Après d’autres échanges, le dirigeant de l’UPPA a accepté de prendre publiquement position contre cette mesure (par exemple dans la presse). Un travail commun devant aboutir à l’adoption d’une motion commune entre la majorité présidentielle et l’opposition syndicale visant à dénoncer cette nouvelle attaque contre le droit au savoir en France a également été entamé. La motion devrait être présentée lors du Conseil d’Administration de l’UPPA du 11 juin. Affaire à suivre..

Plusieurs membres du CRDE étaient présents lors de ce rassemblement afin de manifester leur soutien aux étudiants visés par cette injustice, qui ne cesse de s’aggraver ; une intervention auprès de Laurent Bordes a été effectuée en ce sens. Étaient également présents 3 élus au conseil municipal de Pau (Franck Lamas ; adjoint chargés des solidarités, Ivan Lanta, adjoint chargés des ressources humaines ; Nicole Biron, déléguée à la vie étudiante), ceux-ci ont aussi pu échanger avec le président de l’université.

Trois étudiants étrangers concernés par l’affaire sont intervenus afin de partager leurs expériences, leurs colères mais surtout leur désir d’une université ouverte à toutes et tous, d’une France véritablement égalitaire et fraternelle. Nous conclurons cette article en donnant la parole à l’un d’entre eux, Armel OKE, ancien étudiant de l’UPPA, président du Collectif des Palois d’ici et d’ailleurs et dont voici la déclaration, telle que rédigée à l’avance :

Bonjour à toutes et tous,

Je prends la parole aujourd’hui non seulement comme ancien étudiant étranger, mais aussi comme quelqu’un qui connaît la réalité derrière les chiffres, les décrets et les décisions administratives.

Quand un étudiant quitte son pays, il ne prend pas simplement un avion. Il quitte une famille, des repères ; parfois des sacrifices immenses ont été faits pour lui permettre d’étudier. Il vient avec une ambition : apprendre, réussir, contribuer.

Aujourd’hui, une question se pose : Quelle message envoyons-nous à cette jeunesse ?

On nous parle d’ouverture. On nous parle d’attractivité. On nous parle de coopération avec l’Afrique. Et pourtant, dans le même temps, on augment brutalement les frais pour des étudiants qui viennent participer à cette dynamique.

Au sommet Afrika Forward, le Président de la République a rappelé sa fierté de voir une jeunesse africaine engagée, entreprenante, une diaspora capable de créer des ponts entre les territoires.

Alors je pose une question simple : Comment être fiers des talents de la jeunesse africaine tout en rendant plus difficile l’accès à la formation de cette même jeunesse ?

Parce qu’un étudiant étranger n’est pas une ligne budgétaire. C’est :

  • un futur ingénieur ; un futur mécanicien ; un futur chercheur ; un futur entrepreneur ;
  • parfois même un futur élu ou responsable engagé au service de la société.

La France s’est construire aussi par les échanges, par le savoir, par les rencontres.

Nous ne sommes pas ici pour demander un privilège. Nous sommes ici pour défendre un principe. À compétence égale, à ambition égale, l’accès au savoir ne peut pas dépendre du lieu où l’on est né.

Nous voulons une université ouverte, exigeante, juste, fidèle à sa vocation de service public.

Merci à toutes celles et ceux qui se mobilisent aujourd’hui. Parce qu’investir dans une jeunesse, ce n’est jamais une dépense. C’est toujours un investissement dans l’avenir.

Merci.

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