La guerre lancée contre l’Iran par les dirigeants états-uniens et israéliens a déjà tragiquement généré le déplacement d’un million de personnes au Liban. Elle fait renaitre aussi chez les dirigeants européens des peurs maintes fois exprimées contre une nouvelle « crise migratoire » similaire à celle de 2015 quand la répression en Syrie avait contraint à l’exil des milliers de personnes. Ainsi du chancelier allemand Friedrich Merz déclarant le 6 mars : «Une guerre sans fin n’est pas dans notre intérêt (…). L’économie iranienne ne doit pas s’effondrer. Il faut empêcher les mouvements migratoires incontrôlés en provenance d’Iran ».
Comme au moment de l’effondrement de Kaboul et du retour au pouvoir des Talibans en aout 2021, lorsque M. Macron avait fait polémique en parlant très vite, au cœur de l’événement de la nécessité pour l’Europe de « se protéger contre des flux migratoires irréguliers importants » liés à la situation en Afghanistan, les dirigeants européens brillent plus par leurs postures de défenseurs d’une citadelle européenne assiégée, que comme défenseurs des droits fondamentaux des humains.
Le « règlement retour » de l’Union Européenne : cauchemar et honte.
Cette obsession obsidionale commune des dirigeants européens à vouloir « maitriser » l’immigration, « se protéger » de l’arrivée de réfugiés, « empêcher » les mouvements migratoires,… a été une des sources du Pacte Européen sur la Migration et l’Asile adopté en avril 2024 : ce « Pacte » dont l’objectif est de définir une politique migratoire commune aux membres de l’UE est un éventail de mesures législatives et opérationnelles, qui entreront en application en juin 2026.
Parmi elles, il y a le Règlement Retour. Avec ce texte, c’est du volet « Expulsion des exilés » dont il s’agit.
Ce règlement est comme une Loi européenne qui pourra s’appliquer tel quel, sans qu’il soit nécessaire de l’inscrire dans la législation nationale, donc sans débat au Parlement français (tandis que les directives doivent d’abord être traduites – ou « transposées » dans les Etats membres.
Lundi 9 mars, au Parlement européen, ce règlement retour, unanimement dénoncé par les ONG de défense des exilés et de défense des droits humains a été adopté « grâce » à une alliance entre la droite chrétienne-démocrate (PPE) et les forces de droite extrême et radicale, marquant un durcissement des règles d’expulsion des migrants en séjour irrégulier. (cf. Le Monde)
Ce texte va permettre la création de « hubs de retour », c’est-à-dire des centres pour envoyer des migrants en dehors de l’Union européenne (UE). Ce dispositif a déjà été expérimenté par l’Italie, dans un partenariat avec l’Albanie, ou par Londres, dans un accord avec le Rwanda.
- Le CCFD Terre Solidaire alerte : avec ce choix, le Parlement européen ouvre la voie au cauchemar étatsunien de l’I.C.E. (leur communiqué du 9 mars 2026)
- La CIMADE dénonce « l’escalade de la honte » (communiqué)
- Amnesty International dénonce « les graves risques de violations des droits humains » et réclame un « rejet en bloc » de ces « centres de retour » (communiqué)
- Le GISTI publie sur son site un appel de nombreuses ONG, réseaux européens et associations demandant à rejeter ce Règlement Retour qui conduirait à des « rafles migratoires ».
« Comme d’autres mesures migratoires, ce texte a avancé au Parlement grâce à une collaboration renforcée entre élus de droite et d’extrême droite (…)
« L’histoire se souviendra que la droite dite modérée a sonné le glas du peu qui restait du cordon sanitaire, par une collaboration active avec l’extrême droite dans l’écriture de ce texte », a lancé l’eurodéputée française écologiste Mélissa Camara, très opposée au texte. » (le Monde)
En France, les conséquences néfastes et dramatiques de la Loi Darmanin et de la loi Retailleau continuent à se faire sentir
Un récent article du Monde, sous la plume de Julia Pascual, fait un point complet et précis de la situation : « Immigration en France : l’impossible débat sur les régularisations des étrangers sans papiers »
Partant du constat qu’il n’est plus question en France de parler de « régularisation des 450 000 à 800 000 personnes étrangères « sans-papiers », alors que l’Espagne est en train de vouloir régulariser 500 000 personnes exilées, l’autrice expose les raisons de cette contradiction du côté français.
« A La Cimade, Mélanie Louis parle d’une « politique de bannissement » des étrangers sans papiers, à laquelle elle rattache les effets de la circulaire Retailleau, mais aussi ceux de la « loi immigration » de 2024. »
Si l’arrivée de Laurent Nuñez au ministère de l’Intérieur a permis de reléguer certains projets (rétablissement du délit de séjour irrégulier), les effets délétères d’une année d’action de Bruno Retailleau sont toujours actifs, par effet cliquet.
« L’action publique ne se desserre pas. « La réalité des préfectures bloquées ne change pas », déplore ainsi Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité.
Un constat que corrobore Pierre-Olivier Ruchenstain, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et rapporteur d’un avis de janvier 2022 sur les métiers en tension. « Le sujet a fini par devenir tabou, un peu comme la sexualité ou la religion, dit-il. Et c’est le signe que l’extrême droite a gagné. »
Si l’arrivée de Laurent Nuñez au ministère de l’Intérieur a permis de reléguer certains projets (rétablissement du délit de séjour irrégulier), les effets délétères d’une année d’action de Bruno Retailleau sont toujours actifs, par effet cliquet.
« L’action publique ne se desserre pas. « La réalité des préfectures bloquées ne change pas », déplore ainsi Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité.
Un constat que corrobore Pierre-Olivier Ruchenstain, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et rapporteur d’un avis de janvier 2022 sur les métiers en tension. « Le sujet a fini par devenir tabou, un peu comme la sexualité ou la religion, dit-il. Et c’est le signe que l’extrême droite a gagné. »
« Les Ecologistes, qui disposaient d’une niche parlementaire à l’Assemblée nationale le 12 février, ont par exemple choisi de mettre à l’ordre du jour le droit de vote des étrangers aux élections locales, un texte finalement non soumis au vote. « La régularisation est un sujet sur lequel on pourrait travailler à une loi, mais vu le contexte politique, on se ferait bananer », justifie Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris. Pour l’élue, la régularisation est un « sujet de présidentielle ».
L’idée d’une convention citoyenne sur la migration a été enterrée par les gouvernements et l’Elysée.
La suite de l’article raconte bien les avatars puis le durcissement vers l’extrême droite de la loi Immigration et Asile de 2024, puis l’année obscure du travail de sape mené par Bruno Retailleau de septembre 2024 à octobre 2025. L’extrême droite en avait rêvé, Darmanin et Retailleau l’ont fait.
La nécessité d’une régularisation de grande ampleur est pourtant affirmée par les grandes associations, les organisations patronales et « il existe même un consensus chez les économistes qui plaident pour une régularisation. »
Vincent Cabanel